Gretel et Hansel

Dans une relecture d’Hansel et Gretel, le célèbre conte des frères Grimm, Suzanne Lebeau dialogue avec sa propre enfance et avec les enfants qu’elle voit grandir autour d’elle. Elle évoque le désir puissant et rarement avoué d’être l’unique objet de l’amour des parents. Le choc existentiel que provoque l’arrivée d’un deuxième fait naître une relation amour-haine aussi délicieuse que troublante…

Par la voix d’un théâtre audacieux, le conte, qui permet tous les excès et tous les possibles, place les personnages dans des situations extrêmes. Pauvreté, abandon dans la forêt, risque d’être dévoré : le lien fraternel est durement mis à l’épreuve, jusqu’au paradoxe.

En sortira-t-il transformé ?


Notre d’intention


De la rivalité à la responsabilité

Gretel et Hansel interroge un mouvement intérieur simple et décisif : la manière dont Gretel, d’abord frustrée de devoir partager sa place avec Hansel, se retrouve contrainte d’assumer un rôle qu’elle n’a pas choisi et finit par devenir celle qui le protège lorsque leurs parents les abandonnent. Le spectacle suit cette bascule, ce passage d’un rapport de rivalité ordinaire à une responsabilité imposée par les circonstances, et la manière dont cette responsabilité transforme la dynamique fraternelle.

Entre narration et incarnation

Pour rendre visible ce déplacement intérieur, j’ai choisi la marionnette manipulée à vue. Elle permet de montrer ce qui se joue entre les corps, les distances, les hésitations. Les comédiens circulent entre narration et manipulation ; ils installent le présent du récit tout en donnant vie aux figures. Leur double présence crée un espace où l’histoire se raconte et se rejoue simultanément, où l’on perçoit les écarts entre ce qui est dit et ce qui est vécu. Cette articulation entre énonciation et incarnation offre au jeune public une lecture claire des temporalités et des points de vue, tout en laissant place à une véritable finesse de jeu.


Espaces narratifs et fonctions dramaturgiques

L’écriture scénique repose sur trois espaces, chacun porteur d’une fonction dramaturgique précise. La maison de Gretel et Hansel, d’abord, est construite dans un livre. Elle reprend l’esthétique de l’album et matérialise le cadre familial, le quotidien, ce qui est encore stable. C’est un espace organisé, presque rassurant, qui représente ce que les enfants connaissent avant la rupture. La forêt, ensuite, n’est pas un décor mais une contrainte de jeu. Elle structure les distances, les obstacles, les zones de visibilité et d’opacité. Elle impose une manière de circuler, de se regrouper ou de se séparer. C’est dans cet espace mouvant que la relation fraternelle se recompose, que Gretel doit réévaluer sa position vis‑à‑vis de Hansel et accepter, malgré elle, de devenir celle qui guide.

La maison de la sorcière constitue enfin un troisième régime visuel et dramatique. Elle est incarnée par une marionnette fragmentée, dont les éléments s’animent, se déploient ou se referment. L’esthétique y est volontairement très colorée, fluorescente, et prend toute sa force dans un passage en lumière noire qui crée une rupture nette avec les autres espaces. Cette maison active, instable, presque organique, marque l’entrée dans un territoire où la menace devient concrète et où Gretel doit agir, non plus par obligation, mais par choix.

 


Une histoire de choix et de responsabilité

La trajectoire du spectacle suit ainsi l’évolution de Gretel : une frustration initiale liée à la perte de sa place, une prise de responsabilité imposée par les circonstances, un engagement progressif dans l’action, puis la reconstruction d’un lien avec Hansel après l’épreuve. La marionnette permet de matérialiser ces étapes, de rendre visibles les tensions internes et les transformations successives. Le spectacle s’adresse aux enfants à partir de sept ans, mais propose plusieurs niveaux de lecture : dynamique fraternelle, rapport à l’abandon, construction de la responsabilité, capacité à dépasser ce qui entrave.


SUZANNE LEBEAU

BIOGRAPHIE

Suzanne Lebeau, née au Québec, se destine à une carrière d’actrice. Mais après avoir fondé la compagnie de théâtre Le Carrousel à Montréal avec Gervais Gaudreault en 1975, elle délaisse l’interprétation pour se consacrer à l’écriture. Aujourd’hui, elle a plus de quarante pièces originales, trois adaptations et plusieurs traductions à son actif et est reconnue internationalement comme l’un des chefs de file de la dramaturgie pour jeunes publics.

Elle compte parmi les auteurs québécois les plus joués à travers le monde, avec plus de 400 productions répertoriées sur tous les continents. Ses œuvres sont traduites en 31 langues et publiées dans de nombreux pays. Une lune entre deux maisons (la première pièce canadienne écrite spécifiquement pour la petite enfance), L’Ogrelet et Le bruit des os qui craquent ont été traduites respectivement en six, treize et dix langues.

Suzanne Lebeau a enseigné l’écriture pour jeunes publics à l’École nationale de théâtre du Canada pendant treize ans et elle intervient comme conseillère auprès des jeunes auteurs d’ici et d’ailleurs.